Stimulations et Développement
du Système Nerveux
Philippe EVRARD
Introduction
Les rôles respectifs de l'inné (génétique et lésionnel) et des stimulations (dues à l'environnement, à l'éducation, à l'enseignement, à la rééducation, …) dans le développement du cerveau constituent le fond du débat «ture nurture», un des problèmes cruciaux tant de la pédiatrie et de la puériculture que du monde de l'éducation. Le balancier «ture - nurture » a probablement oscillé dans la «nscience de l'Humanité» dès les débuts de la pensée humaine. Les mouvements extrêmes de ce balancier dépassent souvent le niveau des connaissances «jectives» du moment, le pendule recevant des poussées d'accélération, tantôt dans un sens tantôt dans l'autre, dues aux progrès des connaissances mais aussi aux craintes, aux ignorances, aux systèmes sociaux et aux intérêts. Ce débat est plus actif que jamais en cette fin de vingtième siècle; plusieurs raisons y contribuent, parmi lesquelles des découvertes fragmentaires mais significatives de la neurobiologie du développement et la prise de possession par l'Humanité de clés techniques, conceptuelles et symboliques du code génétique.

Le débat «ture-nurture» comporte de nombreuses variantes: «quis - inné», «génétique - épigénétique  », et d'autres encore, l'environnement, les apprentissages, la stimulation «ychodynamique» au sens large n'étant pas, loin s'en faut, des synonymes parfaits de l' «épigénétique». L'interpénétration complexe des systèmes conceptuels est bien illustrée par la citation de Sigmund Freud: « nous devons nous souvenir que toutes nos idées provisoires en psychologie seront probablement basées un jour sur une "substructure" organique», ce qui, à ses yeux n'avait sans doute rien de contradictoire avec la psychanalyse qu'il fondait.

Le développement optimal, c'est la transformation du fœtus en une personne à la fois autonome, libre et profondément insérée dans notre communauté humaine  . La promotion  du développement n'est-elle pas la première raison d'être de la Pédiatrie et la meilleure définition de ses actions ? La Pédiatrie est aussi un organe de combat contre les défauts biologiques, psychologiques et sociaux qui détruisent ou abîment, souvent de manière irréversible, le développement de tant de fœtus et d'enfants.

Le cerveau est chez l'homme une des clefs les plus cruciales du développement. Le cerveau détient des outils et des contraintes biologiques de la pensée, de l'intelligence, du comportement et de l'action  . Il contrôle lui-même le développement et le fonctionnement de beaucoup d'autres organes.
©2001 Ph. Evrard
(1) Sans périphrase, il n'y a pas de traduction française précise de «rture». Le dictionnaire Webster donne les définitions suivantes pour le mot «rture» (from Late Latin nutritura act of nursing or suckling ou nourishing): a) the breeding, education, or training that one receives or possesses; b) the sum of the influences modifying the expression of the genetic potentialities of an organism.
(2) L' «épigenèse» est un concept embryologique historique remontant à William Harvey et qui s'oppose à la théorie de la «éformation». «Epigénétique» est parfois utilisé actuellement pour désigner ce qui, dans le développement, n'est pas génétique. C'est un néologisme discutable par la confusion qu'il entraîne avec le concept embryologique d'épigenèse.
(3) Les progrès psychobiologiques et surtout sociaux de notre communauté humaine conditionnent la vie des générations futures. C'est une autre dimension du développement.
(4) Le promotion du développement et le combat contre ses problèmes et ses dangers sont si liés aux aspects les plus intimes de la Condition Humaine et de l'Evolution que notre tâche est immense, magnifique et si difficile. N'est-ce pas le point fort et l'explication de la "passion pour l'enfant" qui envahit tous ceux qui y touchent à la médecine de l'enfant ?
(5) Le développement des recherches sur le système nerveux s'est toujours heurté, au cours de l'histoire, à de farouches obstacles idéologiques, à des peurs viscérales, à droite comme à gauche.
Jean-Pierre CHANGEUX, 1983

- suite p2 -