Stimulations et Développement du système nerveux - Philippe Evrard
Il est malheureusement aussi la cible de choix  de tous les ennemis et de tous les dangers qui constamment menacent le petit de l'Homme dès sa conception.
Le cerveau humain adulte pèse environ 1.400 grammes et contient peut-être une centaine de milliards  de cellules nerveuses, appelées neurones. La plupart sont produites dans le cerveau fœtal avant le milieu de la grossesse (avant vingt semaines de grossesse) et presque toutes ont pris leur place définitive dans le cerveau avant la naissance. Une fois à leur place, les neurones se différencient et se spécialisent et souvent s'associent à des neurones semblables pour former un réseau. Les circuits cérébraux ont un rôle crucial, particulièrement pour permettre et pour contrôler les processus cognitifs et les diverses fonctions.
La construction du cerveau commence tôt: à la cinquième semaine de la grossesse, le "tube matriciel" profond qui produira toutes les cellules du cerveau s'est formé et les grandes régions du futur cerveau sont déjà reconnaissables. La production des neurones par multiplication cellulaire au niveau du tube matriciel bat son plein au troisième et au quatrième mois de grossesse: le rythme de production atteint alors 5.000 neurones à la seconde .
Les cent milliards de neurones sont produits le long du tube neural situé dans la profondeur du cerveau en développement. Le rythme de production atteint 5.000 neurones à la seconde. De là, les jeunes neurones à peine formés devront se déplacer pour gagner la périphérie et y former le cortex (ou écorce, qui doit justement son nom à cette localisation superficielle)  . Le trajet à parcourir est long pour les neurones, surtout vers quinze semaines de grossesse lorsque s'accroît l'épaisseur du cerveau; si nous comparons la taille d'un jeune neurone et la nôtre, cela équivaudrait à notre échelle à parcourir jusqu'à 14 km à pied. Chaque neurone doit atteindre avec précision la place exacte qui lui est réservée. Il est donc indispensable que les jeunes neurones soient guidés pour trouver leur chemin; les guides qui ont été "prévus" pour eux sont des cellules spéciales, les fibres gliales radiaires, qui sont des câbles tendus entre le tube matriciel profond et la superficie du cerveau en développement. Les neurones "migrent" de la profondeur où ils ont été produits en glissant le long de ces guides auxquels ils "se tiennent". Pour faire ce long voyage, les jeunes neurones en migration ont besoin d'énormément d'énergie. Heureusement, cette énergie leur est fournie par leur mère. Le groupement des fibres gliales radiaires en faisceaux a été mis en évidence dans notre laboratoire; chacun des faisceaux de fibres gliales radiaires guide un ensemble de neurones qui constituent un "rayon de construction" du cortex cérébral.
©2001 Ph. Evrard
(6) 90 % des gènes humains agissent sur le développement cérébral. 50% (la moitié) de tous les gènes humains n'agissent que sur le cerveau et n'ont aucune action sur les autres organes. Ce n'est pas étonnant lorsque l'on connait l'importance et la complexité de cet organe; ses plans de programmation dépassent tous les autres en détails nécessaires à la bonne exécution de sa construction et de son fonctionnement.
(7) Ce chiffre de cent milliards est la nouvelle estimation la plus acceptée. Il ne s'agit cependant que d'un ordre de grandeur. Chacun de ces cent milliards de neurones établit de nombreuses connexions avec d'autres neurones.
(8)Le petit nombre de cellules qui constituent le tube neural primitif, étendu de l'extrémité céphalique  -la future tête-  jusqu'à l'extrémité caudale  -la future région sacrée-  devront se multiplier intensivement pour produire les cent milliards de neurones présents dans le cerveau et dans la moëlle épinière de l'être humain. Contrairement à ce qui se passe dans certaines espèces animales, la quasi-totalité des neurones destinés aux hémisphères cérébraux de l'homme sont produits pendant la première moitié de la grossesse et il n'y a après vingt semaines de vie intrautérine aucune possibilité de multiplication neuronale compensatoire ni de formation de neurones nouveaux pour remplacer des neurones détruits suite à une aggression infectieuse, anoxique, toxique ou traumatique, par exemple. Il est heureux que nos neurones soient protégés par une boîte crânienne solide, car notre lot de cellules nerveuses, qui permettront nos activités intellectuelles et nerveuses supérieures, ne peut que diminuer sans compensation depuis nos vingt semaines de vie intrautérine jusqu'à notre mort. On ne peut assez recommander le port de casques et de systèmes de protections, lorsqu'il y a un risque d'aggression sur notre cerveau !
(9)Le cortex est la structure dominante des hémisphères cérébraux; il joue chez l'homme un rôle central dans les fonctions intellectuelles et nerveuses supérieures. Des anomalies du développement et du fonctionnement cortical sont impliquées dans les troubles du contrôle moteur, du langage, des fonctions cognitives et dans des syndromes autistiques qui affectent tant de nos enfants. L'étude du développement du système nerveux, et particulièrement du cortex cérébral, constitue donc une des premières priorités de santé publique. Le néocortex est le cortex dominant des hémisphères cérébraux de l'homme; c'est la production des neurones qui lui sont destinés qui cesse totalement au milieu de la grossesse. Certaines multiplications neuronales se poursuivent plus tard pour l'allocortex, très minoritaire chez l'homme. Au niveau du cervelet, la production neuronale se poursuit jusqu'à la fin de la première année de vie postnatale. Nous rencontrons malheureusement fréquemment des perturbations du contrôle de cette multiplication neuronale prénatale.