Le polyhandicap
Par le Dr Lucile Georges-Janet
(Ancien directeur m
édical du CESAP, pour la Fondation HANDAS (Handicaps Associ
és)
1. HISTORIQUE DU CONCEPT DE POLYHANDICAP
· Dans les années 1950-1960 débute une prise de conscience par les pédiatres des hôpitaux du nombre d'enfants dits " encéphalopathes " n'ayant aucun soin particulier ni structure d'accueil. Ils sont aussi désignés sous le terme " arriérés pronds ". En opposition, les sujets " infirmes moteurs cérébraux " dont l'intelligence est conservée sont mieux connus et soignés grâce aux travaux du Pr. Tardieu.
· 1965-1966 : l'Assistance Publique de Paris crée un service spécialisé à la Roche Guyon (95). L'Association " Les tout Petits " (Pr. Minkovski) accueille quelques enfants dans des conditions encore très difficiles.
· Création du CESAP (Comité d'Études et de Soins aux Arriérés Profonds) qui met en place des lieux de consultations, des structures d'aide à domicile, puis des établissements spécialisés (1968-1970-1974) et organise une première réunion d'information sur le polyhandicap en janvier 1972.
· 1972-1973 : le terme " polyhandicap grave congénital " est proposé par le Pr. Fontan; le Pr. Clément Launay, président du CESAP, insiste sur les prises en charge pluridisciplinaires; nécessaires à ces handicaps multiples.
· Enquête Régionale (Caisse Régionale d'Assurance Maladie Inserm - CESAP) exhaustive qui précise les associations de handicaps (19 groupes puis 3 groupes) et détermine une prévalence des handicaps associés sévères : 2 pour mille.
· 1975 : loi d'orientation en faveur des personnes handicapées et Loi sur les institutions sociales et médico-sociales. Le terme de polyhandicap n'y apparaît pas, mais l'Article 46 la Loi d'Orientation prévoit des " Maisons d'accueil spécialisées " (MAS) pour les adultes " n'ayant pu acquérir un minimum d'autonomie " (article précisé par la Circulaire 62 AS de juin 1978).
· 1984 : Le CTNERHI (Centre Technique National d'Études et de Recherche sur les Handicaps et les Inadaptations) réunit un groupe d'études qui fait le point sur les 3 grands groupes de handicaps associés :
polyhandicap : handicap grave
à expressions multiples avec restriction extr
ême de l'autonomie et d
éficience mentale profonde; pr
évalence : 2 pour mille .
plurihandicap : association circonstancielle de deux ou plusieurs handicaps avec conservation des facult
és intellectuelles; pr
évalence 0,5 pour mille :
surhandicap : surcharge de troubles du comportement sur handicap grave pr
éexistant; pr
évalence : 3 pour mille.
· 1986 : circulaire ministérielle concernant les enfants atteints de handicaps associés.
· 1989 : refonte des Annexes XXIV par décret du 29.10.1989 et circulaire d'application, créant des conditions particulières d'accueil, d'éducation et de soins pour les enfants polyhandicapés, conditions regroupées dans une annexe XXlVter. À la suite de ce décret et dans les années 1990, création progressive de services de soins à domicile, d'établissements spécialisés ou de sections spécialisées, par diverses associations françaises accueillant auparavant soit des enfants inadaptés ou déficients mentaux, soit des enfants infirmes moteurs.
La d
éfinition du polyhandicap dans l'Annexe XXIVter est un peu diff
érente de celle propos
ée en l984 par le CTNERHI :
" Handicap grave
à expressions multiples avec d
éficience motrice et d
éficience mentale s
év
ère ou profonde, entra
înant une restriction extr
ême de l'autonomie et des possibilit
és de perception, d'expression et de relation ".
Il est
évident que cette d
éfinition recouvre des situations tr
ès vari
ées et qu'il n'est pas toujours simple de pr
éciser les limites du polyhandicap, que ce soit du c
ôt
é de l'IMC (que d
éfinit le meilleur niveau intellectuel) ou du c
ôt
é des psychoses d
éficitaires (o
ù les troubles moteurs sont moins
évidents), les cas fronti
ères ne sont pas rares.
2. LES CAUSES DU POLYHANDICAP
Chez l'enfant, c'est l'atteinte c
ér
ébrale grave pr
écoce, touchant plusieurs domaines de l'activit
é neurologique (intelligence, motricit
é, sensorialit
é). Elle r
éalise des associations cliniques tr
ès diverses.
Dans les ann
ées 70, les
étiologies se r
épartissaient en :
· 40% de causes inconnues;
· 20% de causes périnatales où la souffrance à l'accouchement tenait une part importante;
· 10% de causes postnatales (méningites, encéphalites);
· 30% de causes prénatales (embryofoetopathies, malformations, causes génétiques).
Actuellement, les progr
ès de la prise en charge obst
étricale d'une part, les m
éthodes de diagnostic d'autre part, ont modifi
é ces chiffres qui se tiennent autour de :
· 30% de causes inconnues;
· 15% de causes périnatales (dont un nombre très réduit de souffrances obstétricales par rapport aux souffrances foetales ou grandes prématurités-dysmaturités);
· 5% de causes postnatales (traumatismes, arrêts cardiaques);
· 50% de causes prénatales (malformations, accidents vasculaires cérébraux prénataux, embryopathies dont le CMV (cytomégolovirus) et le HIV (virus du SIDA). Mais il s'agit ici de causes datées, pas forcément précisées.
De nombreuses
études ont montr
é que les progr
ès de la r
éanimation n
éonatale avaient fait baisser non seulement la mortalit
é, mais aussi la proportion de s
équelles handicapant es chez les survivants. Les progr
ès actuels de la recherche portent sur les causes g
én
étiques (car les cas familiaux ne sont pas exceptionnels), la poursuite de la pr
évention des embryopathies, les pathologies foetales, qui ne sont pas toujours d
écelables ni accessibles au traitement. Il est probable que pour beaucoup de cas, plusieurs causes se cumulent chez le m
ême enfant .